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turned_inReportage

A l'occasion des Journées Européennes des Métiers d'Art 2017, Sandrine Roudeix, photographe et romancière, a sillonné les routes de France pour partir à la rencontre de professionnels d'exception. Transmission, coopération, transdisciplinarité, préservation environnementale... Tous se font les ambassadeurs des liens à l'honneur pour cette 11ème édition. #SavoirFaireDuLien

Une évidence. C’est ce qu’a ressenti Corinne Jourdain la première fois qu’elle est venue ici. Son regard s’émerveille en me montrant les vieux bâtiments en briques et carreaux de verre autour de nous, quadrillés d’ombres et de soleil, étendus le long du canal où glissent quelques péniches colorées.

Après avoir passé vingt ans à Paris dans la publicité et suivi un MBA en arts décoratifs, elle cherchait un endroit où prendre le large. Une de ses amies l’avertit que la Manufacture Grès et Porcelaine de Digoin, célèbre pour sa fabrication exclusive de pots de moutarde, assiettes à escargots, terrines et autres plats à cassoulet, est à vendre et elle fonce tête la première. Quelques péripéties plus tard, la voilà propriétaire des lieux ! Et toujours sous le charme, convaincue d’accomplir une mission… « Je pensais que les habitants allaient m’accueilir comme une étrangère, me confie-t-elle en me faisant visiter, mais ils étaient si heureux de voir revivre la Manufacture qu’ils m’ont littéralement adoptée ».

Fermé en 2002, réouvert en 2003, refermé en 2013, réouvert en 2014, l’endroit a marqué des générations. Tandis que Corinne me balade de postes en postes, nous croisons Thierry, quinqua embauché à la manufacture à l’âge de 17 ans, que Corinne a réussi à reprendre avec dix-neuf autres salariés. « Comparés aux six cents employés de la belle époque, ce n’est pas énorme, mais on avance ! ». 

Epaulée par David, jeune directeur de production arrivé en juin dernier après que le précédent soit parti à la retraite, elle ne boude pas son bonheur. Ni ses heures. Ce week-end, c’était portes ouvertes et, comme chaque année depuis deux ans et demi, elle a directement vendu ses produits déstockés sur place. Plus de mille personnes ont foulé le béton centenaire. Toutes avec un mot gentil. Une dame a même pleuré, s’émeut-elle. C’est ces moments de partage qui la font tenir. On lui dit merci. On lui dit de continuer. On lui dit l’importance de ces plats simples, sans fioriture, qui font partie de la mémoire gastronomique ancestrale de la France et que les grands chefs remettent à l’honneur et ça lui donne encore plus envie de se démener.

Il est midi lorsque nous terminons le repérage. Les ouvriers partent déjeuner et nous les imitons en marchant jusqu’au restaurant tout proche. Au menu du jour : des escargots… servis dans les plats en grès de Corinne. Parfait ! Je décide aussitôt de les emporter pour ma photo.

Texte et photographies signés Sandrine Roudeix.

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