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turned_inReportage

A l'occasion des Journées Européennes des Métiers d'Art 2017, Sandrine Roudeix, photographe et romancière, a sillonné les routes de France pour partir à la rencontre de professionnels d'exception. Transmission, coopération, transdisciplinarité, préservation environnementale... Tous se font les ambassadeurs des liens à l'honneur pour cette 11ème édition. #SavoirFaireDuLien

Elle a toujours su qu’elle œuvrerait dans l’environnement. Marielle Philip me salue chaleureusement en relevant ses lunettes de soleil rouges écailles. Tandis que nous marchons le long des quais bordelais, ses mains tourbillonnent dans l’air en même temps que ses paroles.

C’est qu’elle est tombée dans le filet à poissons tout petite. D’abord en naissant à la Teste-de-Buch d’un père scaphandrier devenu plus tard propriétaire d’un bateau de pêche et d’un grand-père qui a déglacé le poisson sur la criée du port d’Arcachon pour aider ses copains pêcheurs, puis en effectuant une mission de fin d’études de droit dans une pisciculture marine à Mayotte. C’est là qu’elle affirme sa vocation ! Dès son retour en France, la voilà qui postule dans des parcs naturels maritimes. Mais sans succès. La conjoncture économique n’est pas au rendez-vous. La jeune femme se réinscrit alors en fac et prépare le concours d’avocat pour avoir un cap. Neuf mois dans un cabinet lui suffisent pour nourrir d’autres envies.

Entre temps, sa mère, présidente de l’Association « Femmes de mer en partage », réalise des échanges avec un réseau européen de femmes des littoraux et rapporte un jour d’un séjour en Finlande l’image d’un extraordinaire manteau en cuir de poisson vu là-bas. Le déclic pour Marielle : elle va monter son entreprise en utilisant ce savoir-faire séculaire dans l’hexagone ! On est en 2013 et mère et fille décident de porter la recherche et l’incubation de cette nouvelle filière en France, avant de créer un an plus tard leur société « Fémer », en clin d’œil au label « fait main ».

Tandis que nous roulons en direction de son atelier près du bassin d’Arcachon, Marielle me déroule le fil de ses débuts, le regard sceptique de ses interlocuteurs, la ronde des formations plus ou moins pertinentes pour tout savoir tout comprendre tout tester, mais aussi les phases de découragements et la difficulté de trouver sa place dans un milieu d’hommes. « C’est l’expérience du terrain qui fait évoluer le projet. », s’exclame-t-elle en se garant devant le minuscule cabanon d’ostréiculteur qu'elle a décroché à quelques mètres des parcs à huîtres.

Son idée ? Récupérer les peaux crues jetées par les poissonniers du coin et les tanner à l’aide d’un procédé 100% végétal pour les transformer en cuir. Au départ à l’état brut, puis, au fur et à mesure, de toutes les couleurs pour fournir les créateurs de chaussures et d’accessoires. Elle développe les collaborations au gré de ses coups de cœur, surfe sur les réseaux sociaux, participe à des trophées d’innovation qu’elle gagne et réinvestit tout dans une optique d’économie circulaire qui lui est chère. Depuis cette année, elle tient aussi une boutique en ligne ainsi qu’un blog où elle dresse le portrait des artisans qui croisent sa route. « C’est valorisant de voir naître de beaux objets issus de mon travail » souligne-t-elle en caressant une peau couleur sable.

Je saisis mon appareil et lui propose de poser à l’extérieur du cabanon avec un panier de peaux multicolores à ses pieds. « Mon prochain défi sera de rendre mes cuirs plus souples pour en faire des vêtements ! » lance-t-elle à la cantonade, avant de me demander où regarder. Tout droit. Sur votre lancée !

Texte et photographies signés Sandrine Roudeix.

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