Block title
Block content
turned_inReportage

A l'occasion des Journées Européennes des Métiers d'Art 2017, Sandrine Roudeix, photographe et romancière, a sillonné les routes de France pour partir à la rencontre de professionnels d'exception. Transmission, coopération, transdisciplinarité, préservation environnementale... Tous se font les ambassadeurs des liens à l'honneur pour cette 11ème édition. #SavoirFaireDuLien

Elle adore Nantes. C’est l’une des premières choses que Paulina me confie en me retrouvant devant la gare. Juste après m’avoir indiqué au téléphone qu’elle portait un chapeau en feutre marron et des collants verts pour qu’on se reconnaisse. Et juste avant de m’expliquer qu’elle rentrait d’un mois de vacances chez sa famille à Varsovie où elle est née. « C’était bien, mais je suis heureuse d’habiter ici ! ».

Alors que nous longeons le château des Ducs de Bretagne, cette Polonaise débarquée à Paris à l’âge de quinze ans m’invite à admirer les architectures anciennes et modernes, la Loire et l’Erdre un peu plus loin, la grue jaune et le Grand Eléphant de la Galerie des Machines. Sans oublier les toits en pierre grise propres aux régions bretonne et angevine.

C’est en venant s’installer là il y a sept ans, seule, après une séparation et une vie parisienne qu’elle adorait mais qui manquait quand même d’eau salée et de nature, qu’elle découvre l’ardoise. Et c’est dans cette ville, choisie par hasard après une soirée chez des amis qui en vantaient les qualités, que Paulina a l’intuition d’un nouveau départ !

Plasticienne formée à l’école Olivier de Serres puis étudiante en esthétique à la Sorbonne, elle travaillait jusque-là le dessin, la peinture et le collage, mais en continuant de tâtonner, en quête d’un lien plus intense entre le fond et la forme. Jusqu’à ce qu’elle achète une plaque d’ardoise dans une boutique de mosaïque et se lance dans la fabrication de miroirs, sculptures et autres pièces uniques.

Paulina est tout de suite éblouie par la noblesse de la matière, le relief, la couleur tour à tour luisante ou mate. «  L’ardoise sert à faire des toits de maison, c’est-à-dire à protéger des intempéries et à tenir au chaud une famille. Elle accueille la pluie, la neige, le vent, mais aussi le chaud et le froid. Il y a un tas d’histoires à raconter ! » Et de s’amuser du nombre de personnes qui viennent spontanément toucher ses œuvres lorsqu’elle les expose dans les salons. A travers l’ardoise, ce sont leurs souvenirs qu’ils caressent, la maison de leur grand-mère, le métier de couvreur de leur père, les dessous de plats de leur enfance. C’est aussi et surtout leurs origines.

« Les gens d’ici sont fiers de me voir créer avec la ressource locale. Du coup, il m’en apporte des sacs entiers lorsqu’ils refont leur toiture ! » Elle pousse la porte de l’immense bâtiment qu’elle partage avec vingt autres artisans et me guide à l’étage où elle a son atelier encombré de blocs, plaques et miettes d’ardoises.

Tout de suite, je flashe sur l’aile noire irisée de traces brunes qu’elle garde précautionneusement dans son armoire. Une pièce remarquée. Comment en a-t-elle eu l’idée ? Elle rigole. « Je voulais donner de la légèreté à ce qui est lourd. » Je comprends que c’est sa façon de se réconcilier avec ses origines, s’enraciner dans le sol et la terre au-delà des frontières. On lui a fait remarquer l’autre jour qu’elle s’intéressait peut-être à l’ardoise bretonne car elle était noire comme le charbon polonais. Elle n’a pas réfuté.

Texte et photographies signés Sandrine Roudeix.

Block title
assignment
Vous aimez cet article, recevez la newsletter de l'INMA Block content