Block title
Block content
turned_inReportage

A l'occasion des Journées Européennes des Métiers d'Art 2017, Sandrine Roudeix, photographe et romancière, a sillonné les routes de France pour partir à la rencontre de professionnels d'exception. Transmission, coopération, transdisciplinarité, préservation environnementale... Tous se font les ambassadeurs des liens à l'honneur pour cette 11ème édition. #SavoirFaireDuLien

Il aurait pu être gestalt-thérapeute. Ou philosophe. Ou poète. Il est un peu des trois, en fait. Et créateur-chercheur avant tout ! A peine Pietro Seminelli vient-il me chercher à la gare qu’il me parle de l’inconscient collectif cher à Jung et du concept de  « monades » de Leibniz, ex-pli-cité (!) par Deleuze. L'idée d'unités minimales faisant partie d’un tout, qu’il a reprise pour baptiser sa première collection en 1996 et dire les mille manières de penser le pli selon les contextes.

Long manteau en fourrure noire, lunettes cerclées structurées, mains baguées effleurant le volant de sa Coccinelle café intérieur crème, Pietro me balade dans les ruelles ourlées de pierres de la ville jusqu’à la Cathédrale. Derrière, il y a le musée veillant la célèbre tapisserie de Bayeux. Juste à côté, le conservatoire de la dentelle. Non loin, les canaux du quartier des teinturiers. C’est là que ce Francilien a croisé il y a seize ans Mylène Salvador, Maître d’art en dentelles au fuseau. C’est elle qui a repéré son écriture inédite du pli et l’a encouragé dans cette voie. Et c’est elle qui l’a proposé plus tard au dispositif des Maîtres d’art.

Tandis qu’il conduit, Pietro se raconte avec fougue. Cet ébéniste de formation a appris l’architecture d’intérieur à l’école Olivier de Serres puis navigué plusieurs années en agence et dans l’enseignement avant de se décider à développer ses pliages. Ce qui l’a guidé ? Sa passion des gens et une insatiable curiosité.

« Tout vient de la nature ! », s’exclame-t-il en sillonnant un petit chemin de terre sous les naseaux aimantés de dizaines de vaches. Il pointe du doigt les feuilles rouges oranges qui voltigent au-dessus de la carrosserie. « Ce n’est pas pour rien que les premiers plis qu’on apprend s’appellent les plis « montagnes » et les plis « vallées ». Toutes les formes sont issues de la géologie : une feuille se plisse comme une peau se ride... ». Il a beaucoup travaillé sur la question, l’histoire des métamorphoses, des carapaces, mais aussi de la transformation des tissus avec le temps, son premier sujet d‘étude.

Nous nous garons bientôt devant une longère au lieu-dit « Le Loup-Pendu » sur la route de Neufbourg. Un endroit paisible piqué de pommiers et d’hortensias où il explore sans cesse de nouvelles idées pour mettre le plat en volume quand il n’est pas à Paris dans son nouvel atelier showroom de la Cour de l’Industrie.

Un emménagement heureux qui était « écrit », il en est persuadé, lui qui arpentait déjà l’endroit en culottes courtes quand il avait quatre ans avec son père. C’est entre ces deux villes qu’il a imaginé les sculptures de tissus géantes titrées « Le Devoir », « L’Autorité », « La Puissance » ou encore « L’Hermite », conçues pour la Maison Yohji Yamamoto à l’occasion de la Paris Design Week et exposées en septembre prochain au Musée National de Tokyo. Tout un monde. Des gens. Des géants. Des maîtres à penser. Un univers bien à lui qu’il ne cesse de déplier au gré de son inspiration. 

Après le papier, la céramique et bien sûr le textile, ses prochaines œuvres enlaceront le bois et le textile (un paravent, une lampe, un revêtement mural) mais aussi la porcelaine.

Pietro me fait visiter les différents ateliers où piquent, cousent et éponglent ses collaboratrices. Kathy, son élève et ambassadrice depuis plus de quinze ans, est en train de fixer un galon sur l’un des panneaux textiles qu’il façonne pour une grande marque de luxe française. Je n’ai pas le temps de m’émerveiller que Pietro m’entraîne dans sa cuisine. « J’ai fait un bœuf bourguignon hier soir pour des amis. Il en reste. Ca vous dit ? Cela nous permettra de faire connaissance avant que vous me preniez en photo ! » me propose-t-il en fin psychologue.

Texte et photographies signés Sandrine Roudeix.

Block title
assignment
Vous aimez cet article, recevez la newsletter de l'INMA Block content